GENÈVE, publié le 10 avril 2011 – Des gouvernements et des organisations des droits de l’homme ont condamné très rapidement le rétablissement de la peine de 20 ans d’emprisonnement pour les sept responsables bahá’ís.
Le mois dernier, les sept bahá’ís ont été informés par les autorités carcérales que les condamnations à 10 ans de prison – infligées après qu’une cour d’appel avait révoqué trois chefs d’accusation retenus à leur encontre en septembre dernier – était à nouveau convertie en 20 ans d’emprisonnement conformément à l’arrêt de la juridiction inférieure. Aucun document écrit n’a été remis aux prisonniers ou à leurs avocats.
Ce fait nouveau a provoqué une réponse immédiate et généralisée, à la fois publique et privée. Des déclarations ont été faites par l’Union européenne et le Parlement européen, ainsi que par des gouvernements, des institutions et des individus, au Brésil, en France, en Allemagne, en Inde, en Grande-Bretagne et aux États-Unis.
Partout sur la planète, toutes ces voix et ces soutiens se conjuguent pour délivrer ce clair message aux autorités iraniennes : « Que cette décision ait été prise intentionnellement ou non à un moment où l’attention mondiale se focalise sur les drames traversés par d’autres régions du Moyen Orient, vous ne pouvez manquer d’apprécier le fait que le monde surveille étroitement vos actions vis-à-vis de votre population, y compris des bahá’ís vivant dans votre pays. Vous ne pouvez pas occulter ces mauvais traitements systématiques de citoyens innocents. »

Dans une déclaration datée du 1er avril, la baronne Catherine Ashton, haute-représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a précisé qu’elle était « troublée » par les dernières nouvelles concernant les responsables bahá’ís. « J’ai demandé aux autorités iraniennes de clarifier la situation légale des sept personnes concernées, a-t-elle expliqué. Eux-mêmes et leurs avocats doivent avoir accès à tout document approprié les concernant. »
La baronne Ashton a demandé la libération immédiate de ces sept personnes et la fin des persécutions à l’encontre des minorités religieuses en Iran.
Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a également exprimé sa « profonde inquiétude » concernant ces dernières évolutions. « J’en appelle aux autorités iraniennes afin qu’elles mettent fin à la détention injustifiée de ces responsables religieux et fournissent des explications plus claires, légales et transparentes en ce qui concerne leur cas, a déclaré M. Buzek, le 4 avril. La liberté de religion ou de croyance est l’un des droit de l’homme le plus fondamental. » [1]
Le secrétaire aux Affaires étrangères britannique, William Hague, a déclaré qu’il était « profondément troublé » d’apprendre que les peines de 20 années d’emprisonnement avaient été rétablies [2].
« En août de l’année dernière, j’ai dit clairement que nous croyions que les responsables ont entièrement le droit de pratiquer leur religion, a précisé M. Hague le 4 avril. Je me tiens à ce que j’ai déclaré et, une fois de plus, j’appelle les autorités iraniennes à revoir ce cas et à cesser leur persécution de la foi bahá’íe. »
« Je suis également inquiet quant aux rapports montrant que les sept bahá’ís subissent des mauvais traitements physiques de la part des autres détenus et des gardiens dans la prison où ils ont été transférés », a ajouté M. Hague.
« Ceci est un autre exemple du mépris des autorités iraniennes vis-à-vis des droits légitimes du peuple iranien. Affirmant une fois de plus que je ne crois pas à l’existence de raisons valables permettant de détenir les responsables, j’exhorte les autorités iraniennes à assurer leur sécurité pendant leur détention et à garantir l’application des droits existant dans la loi iranienne. »
Le délégué du gouvernement fédéral allemand à la politique des droits humains et à l’aide humanitaire au sein de l’office des Affaires étrangères, Markus Löning, qualifie la sentence de « scandaleuse ». Le 5 avril, il a déclaré : « Le fait que cette décision ait été prise en secret démontre une fois de plus que l’Iran n’est pas prête à agir dans la transparence et dans le respect fondamental des principes constitutionnels. »
Dans une déclaration datée du 1er avril, le ministre des Affaires étrangères français condamne fermement « les violences, les discriminations et le harcèlement dont font l’objet les bahá’ís en Iran qui leur interdisent d’exercer leur liberté de religion ou de conviction… »
Les États-Unis qualifient la sentence de « mesure sans précéden » et de violation des obligations de l’Iran vis-à-vis du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Lors d’une séance d’information du département d’État – à Washington DC, le 31 mars – il a été précisé que les États-Unis étaient « profondément troublés » par l’annonce du rétablissement de la première condamnation à 20 ans de prison.
Au Brésil, le député fédéral Luiz Couto, ancien président de la Commission des droits de l’homme et des minorités, a pris la parole lors d’une session plénière de la Chambre des députés et a appelé le Congrès national, la société brésilienne et les autres pays à exprimer leur soutien à la communauté bahá’íe.
« Les accusations permettant l’emprisonnement des responsables bahá’ís sont totalement fausses et inventées afin de justifier une persécution inacceptable et purement religieuse », a affirmé le député Couto, le 4 avril.
Une lettre ouverte, déjà signée par quelque 90 personnalités de toute l’Inde, a attiré des signatures de haut niveau depuis que les médias ont fait connaître le rétablissement de la condamnation à 20 ans d’emprisonnement.
Les principaux membres du pouvoir judiciaire – y compris un ancien juge de la Cour suprême indienne – aussi bien que des personnalités éminentes du monde de l’éducation, se sont joints à cette campagne. Le document déclare : « En tant que citoyens indiens, dans un pays qui s’enorgueillit d’être un exemple pour le monde quant à l’esprit de coexistence et de tolérance, nous exprimons notre profonde préoccupation en ce qui concerne les bahá’ís détenus et leur famille. »
Un certain nombre d’organisations des droits de l’homme ont également vigoureusement réagi à l’annonce des 20 années d’emprisonnement. Amnesty international a qualifié la dernière initiative iranienne de « vindicative et scandaleuse ».
« Une fois de plus, les autorités iranienne manipulent leur propre système judiciaire afin de persécuter des membres d’une minorité religieuse », a dénoncé Malcolm Smart, a déploré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.
« Au lieu de doubler leur peine, elles devraient libérer ces dirigeants baha’is immédiatement et garantir leur liberté de pratiquer leur religion sans être la cible de menaces ou de persécutions . » [3]
« Des actes aussi arbitraires et punitifs viennent rappeler salutairement pourquoi le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a récemment voté en faveur de la création d’un rapporteur spécial sur l’Iran. Cette décision du Conseil n’est pas arrivée trop tôt », a assuré M. Smart en ajoutant « Ceci est le dernier exemple en date de la discrimination profondément ancrée que subit la minorité baha’i en Iran ».
Et de conclure par ces mots « Il rappelle également à la communauté internationale le peu de considération qu’ont les autorités iraniennes pour les normes internationales relatives aux droits humains en matière de liberté de croyance, d’association et d’expression, ainsi que pour le droit à un procès équitable. »
« Le rétablissement d’une condamnation aussi sévère à l’encontre des bahá’ís est un coup dur pour le groupe », a précisé Stuart Windsor, directeur national de Christian Solidarity Worldwide (Solidarité chrétienne mondiale). Il a ajouté : « Il est évident que la communauté bahá’íe et certaines communautés chrétienne sont visées uniquement sur la base de leur foi
Et M. Windsor de poursuivre : « La communauté internationale doit faire pression sur l’Iran afin qu’elle libère tous les détenus emprisonnés uniquement en raison de leur religion. Le gouvernement iranien doit également s’assurer que les membres de l’Église en Iran ... auront un procès équitable et seront acquittés de toute accusation n’ayant aucun poids légal selon le droit iranien. »
Les sept dirigeants bahá’ís - Fariba Kamalabadi, Jamaloddin Khanjani, Afif Naeimi, Saeid Rezaie, Mahvash Sabet, Behrouz Tavakkoli et Vahid Tizfahm – étaient tous membres d’un groupe ad hoc chargé de veiller aux besoins de la communauté bahá’íe iranienne. Ils sont incarcérés à la prison de Gohardasht, à 50 km à l’ouest de Téhéran.
Le Baha’i World News Service a publié un dossier spécial qui comprend des articles et des informations générales concernant les sept responsables bahá’ís iraniens – leur vie, leur emprisonnement, leur procès et leur condamnation, ainsi que les allégations portées contre eux. Il présente également d’autres sources d’informations au sujet de la persécution de la communauté bahá’íe iranienne.
Ce dossier spécial peut être consulté sur http://news.bahai.org/human-rights/iran/yaran-special-report/
Pour des informations en français, vous pouvez consulter le dossier Iran sur ce site officiel des bahá’ís de France.
[1] pour lire sa déclaration en anglais : http://www.europarl.europa.eu/document/activities/cont/201104/20110405ATT17088/20110405ATT17088EN.pdf
[2] lire sa déclaration en anglais sur le site du Foreign and Commonwealth Office : http://news.bahai.org.uk/index.php/2011/04/05/foreign-secretary-concerned-by-reinstated-sentence-for-bahai-leaders-in-iran/
[3] lire le communiqué de presse d’Amnesty International : http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/Des-dirigeants-baha-iraniens-subissent-une-prolongation-de-peine-%C2%AB-punitive-%C2%BB-2245
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