
GENÈVE, publié le 19 mars 2012 – L’enquêteur des Nations unies sur les droits de l’homme en Iran a durement critiqué le système judiciaire du pays ainsi que son dossier des droits de l’homme.
Le rapporteur spécial des Nations unies, Ahmed Shaheed, a déclaré lors d’une réunion du Conseil des droits de l’homme à Genève qu’il avait reçu les déclarations de plus de 141 témoins qui mettaient en lumière « des manquements multiples et systématiques dans la capacité du Gouvernement à garantir le respect des droits de l’homme ».
Dans le rapport officiel qu’il a écrit au Conseil, M. Shaheed a dénoncé, avec une intensité sans précédent dans les enquêtes des Nations unies sur l’Iran, la défaillance générale du système judiciaire du pays. « Les violations des procédures pénales régulières sont récurrentes, a-t-il déclaré, et des « clauses de sécurité vaguement définies » sont appliquées de façon à « limiter indûment la liberté d’expression, d’association et de réunion ».

« Dans de nombreux cas, les témoins ont attesté qu’ils avaient été arrêtés pour des activités protégées par les lois internationales, et qu’ils avaient été enfermés en cellule d’isolement pour des périodes prolongées, sans avoir accès à une défense légale ou à des membres de leur famille, et sans actes d’accusation formelle », a rapporté M. Shaheed aux membres de la réunion.
Le rapporteur spécial a fait état d’une augmentation inquiétante du nombre d’exécutions pratiquées dans la République islamique – plus de 600 au cours de l’année 2011, beaucoup pour des crimes considérés comme mineurs par les lois internationales. Selon M. Shaheed, les autorités iraniennes ont également intensifié leur détention de journalistes et d’avocats et ont continué leur persécution des minorités ethniques et religieuses.
Les bahá’ís continuent à être arbitrairement arrêtés et détenus pour leurs croyances, a noté M. Shaheed, en violation du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Les bahá’ís sont aussi soumis à « une sévère pression socio-économique », subissant des privations de « propriété, d’emploi et d’éducation ».
La session du 13 mars a permis un dialogue interactif entre le rapporteur spécial et les membres du Conseil des droits de l’homme. Ses inquiétudes ont été immédiatement relayées par une majorité des pays qui sont intervenus pendant la session. Quelque 15 pays ont particulièrement insisté sur la situation des bahá’ís d’Iran.
Le délégué du Brésil – João Genésio de Almeida Filho – a déclaré que son gouvernement avait « des inquiétudes marquées » à propos « des allégations de persécution systématique de membres de communautés religieuses non reconnues, en particulier la communauté bahá’íe ».

Faisant référence à la campagne de diabolisation des bahá’í s dans les médias financée par l’État iranien, Veronika Stromsikova – la déléguée de la République tchèque – a déclaré que son pays rejoignait M. Shaheed lorsqu’il observe que « le fait que le gouvernement tolère une campagne intensive de diffamation contre les membres de la communauté bahá’íe incite à la discrimination », en infraction des traités internationaux. Bani Dugal – la principale représentante de la Communauté internationale bahá’íe aux Nations unies – a mentionné que les bahá’ís en Iran font face aujourd’hui à « de multiples violations, couvrant tout le spectre des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels » et allant « littéralement de l’école maternelle à la tombe ».
« Nous sommes également d’accord avec votre présentation des obstacles sous-jacents, a-t-elle déclaré à M. Shaheed, y compris pour les éléments du cadre légal et le manque d’observation de l’autorité de la loi – aucun de ces problèmes n’étant pris en compte par le gouvernement. » « Comme vous l’indiquez clairement, l’impunité continue à prévaloir en Iran, et certains individus sont exemptés des lois et des règlements qui sont censés limiter l’abus de pouvoir », a précisé Mme Dugal.
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