Voici un récit de l’histoire des Fêtes de Ridván.
La naissance d’une Révélation
La mission de Bahá’u’lláh débuta, en août 1852, dans un cachot souterrain de Téhéran, appelé le Sìyàh-Chàl. Issu d’une famille noble dont l’origine remonte aux grandes dynasties impériales de la Perse, il avait décliné l’offre d’une carrière ministérielle pour se consacrer à diverses œuvres philanthropiques qui, dès les années 1840, lui valurent la renommée de « père des pauvres ». Cette existence privilégiée se dégrada rapidement après 1844, lorsque Bahá’u’lláh devint l’un des principaux défenseurs de la religion bábie.
Pendant neuf ans, de 1844 à 1853, un jeune marchand de la cité de Chiraz, appelé le Báb annonça que le Jour de Dieu était proche et qu’il était lui-même le Promis des Ecrits islamiques. L’humanité, disait-il, était à l’aube d’une ère qui verrait tous les aspects de la vie se restructurer. Dieu appelait l’homme à accompagner ce changement grâce à une transformation de sa vie morale et spirituelle.
La mission du Báb, consistait à préparer l’humanité à l’événement situé au cœur de cette évolution : l’avènement de celui que Dieu rendra manifeste, le messager universel de Dieu, attendu par les adeptes de toutes les religions.
Le rôle primordial de Bahá’u’lláh dans la défense de la cause du Báb lui valut d’être arrêté et enchaîné dans ce cachot de Téhéran. Sa notoriété, la position sociale de sa famille et les protestations élevées par les ambassades européennes contre les pogroms subis par les bábis le protégèrent dans une certaine mesure de la peine capitale, mais il s’attendait à mourir lui aussi.
C’est dans cette prison que Bahá’u’lláh ressentit l’appel de Dieu :
« Pendant les journées ou je me trouvais dans la prison de Téhéran, le poids blessant des chaînes et l’air empli de puanteur me laissaient peu de moments de sommeil ; cependant, au cours de ces rares instants d’assoupissement, je ressentais comme si quelque chose coulait du haut de ma tête jusque sur ma poitrine, tel un puissant torrent qui se précipite sur la terre depuis le sommet d’une haute montagne. Alors chaque membre de mon corps s’en trouvait enflammé. En de tels instants, ma langue récitait ce qu’aucun homme ne pourrait supporter d’entendre »
Finalement, toujours sans jugement ni possibilité de recours, Bahá’u’lláh, dépouillé de ses biens et richesses, put sortir de prison et immédiatement banni de sa terre natale, vers l’Irak voisin, alors sous contrôle de l’Empire ottoman. Cette expulsion marqua le début de quarante ans d’exil, d’emprisonnement et de persécutions.
Dans les années qui suivirent son départ de la Perse, Bahá’u’lláh, seul véritable responsable bábi ayant survécu aux massacres, se consacra en priorité aux besoins de la communauté bábie regroupée à Bagdad. La mort du Báb et, dans le même temps, la perte de la plupart des jeunes enseignants et des chefs spirituels de sa Foi avaient dispersé les croyants et les avaient démoralisés. Ses efforts pour rassembler ceux qui s’étaient réfugiés en Irak éveillèrent la jalousie et créèrent des dissensions. Alors, Bahá’u’lláh, sur les traces de tous les messagers de Dieu avant lui, se retira pendant 2 ans dans la solitude, au cœur d’une région montagneuse du Kurdistan. Finalement, il sortit de sa retraite suite aux sollicitations du groupe d’exilés désespérés de Bagdad qui, découvrant son refuge, l’avaient supplié de revenir assurer la direction de leur communauté.
En 1863, Bahá’u’lláh décida que le temps était venu d’informer certains membres de son entourage de la mission dont il avait été investi dans l’obscurité du Sìyàh-Chàl, la sinistre prison -cachot de Téhéran.
La Déclaration de Ridván
Cette décision coïncida avec une nouvelle étape de la campagne d’opposition menée avec constance par le clergé chiite et les représentants du gouvernement persan, qui firent pression sur les autorités ottomanes pour qu’elles éloignent à nouveau Bahá’u’lláh de Bagdad, trop proche des frontières de la Perse. Finalement, les autorités turques cédèrent aux pressions et invitèrent l’exilé à s’installer en qualité d’hôte à Constantinople, la capitale de l’Empire ottoman.
Dans la petite communauté d’exilés, un nombre croissant de personnes était arrivé à la conclusion que Bahá’u’lláh ne parlait pas seulement comme un défenseur de la cause du Báb, mais bien au nom de cette Cause plus élevée, dont celui- ci avait annoncé l’imminence. Cette conviction se confirma, à la fin du mois d’avril 1863, lorsqu’à la veille de son exil vers Constantinople, Bahá’u’lláh rassembla certains de ses compagnons dans un jardin auquel on attribua plus tard le nom de Ridván – ce qui signifie Paradis- et leur révéla les fondements de sa mission.
Ces 12 jours, actuellement fêtés par les bahá’is du monde entier sous le nom de "Fêtes de Ridván" se déroulent du 21 avril au 2 mai inclus.
Les circonstances précises qui entourent cette déclaration ne sont pas connues avec exactitude. Pour saisir la nature de cette déclaration, il faut se référer aux nombreuses allusions que Bahá’u’lláh y fit par la suite, dans ses écrits :
« Le dessein caché de toute la création s ’accomplit en ce jour le plus sublime, le plus saint, le jour connu comme le jour de Dieu dans ses livres et ses Ecrits ; le jour dont tous les prophètes, les élus et les saints ont souhaité être les témoins »
« Voici le jour où l’humanité peut contempler le visage et entendre la voix du Promis de Dieu. L’appel du Tout-Puissant s’est fait entendre et la lumière de Son visage s’est levée sur les hommes. Il convient à chaque homme d’effacer de la tablette de son cœur toute trace de vaine parole, et de considérer d’un esprit ouvert et exempt de préjugés les signes de Sa révélation, les preuves de Sa mission et les signes de Sa gloire. »
Les conditions dans lesquelles s’effectua le départ de Bahá’u’lláh de Bagdad illustrent avec force le pouvoir de ces principes. Un cercle d’exilés, dont l’arrivée dans la région avait suscité suspicion et aversion, était devenu en quelques années un des pôles les plus respectés et les plus influents de la société. Ils subvenaient à leurs besoins grâce à un commerce florissant, étaient admirés pour leur générosité et l’intégrité de leur conduite, et les sinistres allégations de fanatisme et de violence, assidûment propagées par le clergé chiite et par les officiels consulaires persans, avaient perdu prise sur l’opinion.
Lorsque le 3 mai 1863, Bahá’u’lláh quitta Bagdad à cheval, en compagnie de sa famille et de quelques uns de ces compagnons autorisés à le suivre à Constantinople, il était devenu un personnage populaire et adulé. Dans les jours précédant ses adieux, un flot de notables, dont le gouverneur de la province en personne, s’était déplacé pour lui rendre hommage dans les jardins où il avait provisoirement pris ses quartiers ; beaucoup venaient de très loin. Des témoins de ce départ ont relaté en termes émouvants les acclamations qui l’accompagnaient, les larmes du public et le souci des autorités ottomanes et des personnalités civiles d’honorer leur hôte.