Los Angeles, Etats-Unis, publié le 30 août 2009 – Tierney Sutton est parmi les rares artistes de jazz, à essayer de donner une dimension spirituelle à sa musique. Mais associer les standards du jazz aux écrits sacrés de la foi bahá’íe va encore plus loin, selon le journal britannique Daily Express dans un article au sujet de son nouvel album.
Onze chansons célèbres figurent sur cet album, intitulé Desire. Il a été accueilli par des critiques élogieuses depuis sa sortie en début d’année. La première et la dernière chansons, It’s Only a Paper Moon et Skylark, débutent par des extraits parlés des Paroles cachées, une œuvre de Bahá’u’lláh qui expose les vérités spirituelles communes aux religions à travers les âges.

« Les biens matériels que nous voulons ou désirons ne sont généralement pas un chemin vers le bonheur, ni souvent un chemin vers nous-mêmes », selon Tierney Sutton. Membre de la foi bahá’íe depuis l’âge de 18 ans, elle est apparue comme une des chanteuses de jazz remarquables de ces dix dernières années – « une artiste de jazz sérieuse qui porte tout le projet à un autre niveau », a mentionné le New York Times.
Tierney Sutton, dont les deux derniers albums ont chacun remporté une nomination aux Grammy Award, explique qu’elle a voulu pendant des années faire un disque remettant en cause la tendance moderne à exalter la richesse matérielle et l’égocentrisme au détriment de la nature humaine spirituelle, plus noble. Enfin, le moment était venu.

« Je n’aurais pas commencé par réaliser ce type d’album pendant les premières années où notre groupe s’est formé, observe Mme Sutton. Nous sommes une équipe et nous prenons nos décisions de manière collective. Avec le temps, nous avons tous eu envie d’aller plus loin, à la fois sur le plan musical et conceptuel. Nous avions atteint un point où nous étions tous à l’aise pour le faire ».
Écrits sacrés
Alors qu’elle commençait à travailler sur l’album, elle a entrepris d’explorer la littérature des religions du monde, afin d’y trouver des extraits pertinents à utiliser.
« Mon fils de 12 ans et moi même avons organisé une classe interreligieuse pour les enfants ces six ou sept dernières années, c’est pourquoi j’avais tous les livres des différentes traditions à ma disposition, explique-t-elle. Je les ai tous parcourus pour trouver des textes sur le matérialisme. Évidemment, toutes les croyances en parlent mais à la fin, j’ai trouvé que, pour ce sujet, les écrits de Bahá’u’lláh semblaient les plus directs et les plus concis ».

Il lui a fallu des années pour considérer son travail
de chanteuse comme une forme de service aux autres
« Il y a de profonds préjugés dans notre société sur l’utilité des artistes » ajoute encore Tierney Sutton qui a grandi à Milwaukee, au centre des États-Unis, et qui vit maintenant à Los Angeles. « Tout d’abord, je me suis mise à étudier le russe, parce que je croyais pouvoir servir l’humanité de cette façon ». C’est en préparant sa licence de russe, qu’elle a découvert le jazz.
« Je savais qu’il y avait quelque chose de spirituel, mais je ne pouvais pas concevoir le fait d’être sur une scène à chanter “do-be-do” comme un service, se rappelle-t-elle. Puis, après une dizaine d’années, nous avons commencé à avoir des articles où les critiques pouvaient saisir dans nos représentations quelque chose de ce que j’essayais de transmettre en tant que bahá’íe ».
À la suite d’un de ses spectacles, un article du New York Times a écrit : « elle transmet le sentiment de chanter le jazz comme un prolongement de méditation spirituelle, dans laquelle l’adhésion à un idéal d’équilibre et de constance et, oui, d’humilité prenait le pas sur la technique ou sur le côté émotionnel ».
Des lettres d’auditeurs l’ont confirmées dans sa démarche
« Un homme m’a écrit, pour me dire que notre concert lui avait apporté sa première expérience de joie depuis le décès de son fils, âgé de 20 ans, l’année précédente, confie-t-elle. Un autre courriel est venu d’un homme qui pensait se donner la mort. Il a entendu une de nos chansons à la radio, est venu à notre concert ce soir-là et a changé d’avis ».
Trouver l’harmonie
Tierney Sutton explique qu’elle considère juste sa voix comme un autre instrument à l’instar des quatre autres de la formation. L’orchestre est une société commerciale dont chaque membre est partenaire à part égale pour les finances.
« Nous voulons offrir notre expérience comme modèle aux sociétés et à toutes sortes d’organisations qui s’évertuent à résoudre des problèmes. Nous sommes inspirés par un véritable processus de consultation. Lorsque nous décidons de créer une chanson, une personne propose une idée et les autres apportent leur contribution. Nous nous connaissons tous extrêmement bien. Nous avons des styles, des forces et des faiblesses différents. Nous ne pouvons faire ce que nous faisons qu’en restant unis. L’unité change la manière dont vous agissez. Et lorsque nous sommes sur scène, nous devons toujours avoir un sens profond et intense d’humilité. Nous sommes là pour servir la musique ».

« En dépit de ce que les gens pensent, le jazz n’est pas un genre de musique dépourvu de règles, affirme-t-elle, mais celles-ci créent une structure qui inspire diverses expressions. Dans le groupe, nous nous fions les uns aux autres pour en suivre certaines. De la même façon, la diversité et la différence de l’expérience bahá’íe individuelle sont vastes, dirigées subjectivement à bien des égards, mais il y a des valeurs ou des principes essentiels qui les guident ».
Lorsqu’elle a vu les magnifiques jardins et terrasses du Centre mondial bahá’í à Haïfa, en Israël, elle raconte qu’elle s’est surprise à penser à un des solos de Christian Jacob, le pianiste de son groupe. « Il y avait la complexité, la beauté et un important contraste, mais tout était en harmonie. C’est tout à fait dans la tradition du meilleur jazz ».
