BRUXELLES, le 31 juillet 2026 – On dit souvent que les jeunes représentent l’avenir. On leur confie plus rarement le présent.
À Matongé, un quartier densément peuplé de la commune d’Ixelles en Belgique, les habitants proviennent de nombreux pays différents. C’est là qu’un groupe de jeunes âgés de douze à quinze ans a consacré une grande partie de ses après-midis l’an dernier à cuisiner. Tous les deux mois, ils ont préparé un brunch pour le quartier.
« On fait ça pour que les gens puissent faire connaissance, a expliqué l’un des jeunes cuisiniers. Ça permet de renforcer un peu les liens dans le quartier. Certaines personnes n’ont pas assez à manger, et ça les aide. Et puis, on aime cuisiner. »
L’histoire commence, aussi improbable que cela puisse paraître, par une histoire de déchets. Il y a un an et demi, des participants aux initiatives bahá’íes de développement de communautés du quartier ont pris part à une journée nationale de nettoyage de l’espace public. Les jeunes étaient si nombreux que les responsables municipaux, qui n’avaient pas réalisé combien d’entre eux étaient actifs ensemble dans le quartier, ont commencé à s’interroger.

Cette curiosité a donné lieu à une rencontre entre les jeunes et les représentants municipaux, ainsi qu’à une conversation plus approfondie sur les initiatives de développement de communautés qui étaient en cours à Matongé depuis quatre ans.
Quelques mois plus tard, une annonce parue dans le bulletin communal annonçait la création d’un conseil de jeunes pour les 12-15 ans. Le groupe a décidé d’y participer. Lors de la première réunion, ils se sont rendu compte qu’ils étaient les seuls jeunes à s’être présentés !
« La municipalité avait beaucoup de bonnes idées, mais elle avait souvent du mal à les mettre en œuvre auprès de la population », a déclaré Neysan Khabirpour, membre du Corps auxiliaire en Belgique, qui collabore avec le groupe.
Au cours des mois suivants, les jeunes ont travaillé avec le personnel municipal sur toute une série de petits projets, jusqu’à ce qu’ils deviennent, en fait, le conseil des jeunes lui-même. C’est là qu’ils ont découvert le budget participatif, un fonds auquel les habitants peuvent faire appel pour proposer des initiatives au service du quartier.
Les animateurs du groupe de jeunes leur ont posé une question à laquelle ils reviennent souvent : quels sont vos talents et comment pourriez-vous les mettre au service des autres ? La réponse est venue sans grande hésitation. Ils aimaient cuisiner.

Avec le soutien de jeunes plus âgés et d’adultes, le groupe a mis sur pied une initiative qu’il a simplement décrite comme « par les jeunes, pour tous ». Les habitants ont voté en faveur de cette proposition et une somme modeste issue du budget participatif a permis de financer les ingrédients, le matériel et les décorations.
À chaque brunch, soixante à soixante-dix personnes remplissaient la salle. Certaines venaient de familles que les jeunes connaissaient déjà. D’autres étaient des voisins qui franchissaient la porte pour la première fois. Autour d’un repas préparé par les jeunes, ils ont abordé des sujets qui touchaient la vie du quartier : l’amitié, le harcèlement scolaire, l’éducation, l’environnement et la cohésion sociale…
La cuisine n’était qu’un début
Le brunch lui-même a duré toute la matinée. Mais s’y préparer avait pris plusieurs jours. Les mercredis après l’école, le groupe faisait les courses pendant des heures. Le vendredi, ils restaient jusque tard dans la soirée pour préparer le repas et décorer la salle. Les samedis, ils arrivaient à neuf heures du matin – preuve, comme l’a fait remarquer M. Khabirpour, que l’implication personnelle peut parfois faire ce que les réveille-matin ne peuvent pas. Si le financement a couvert les achats, ce sont les jeunes qui ont donné de leur temps.
« Au début, on a eu un peu peur de ne pas y arriver ou que quelque chose tourne mal, a confié un participant. Puis, quand le brunch commence, tout se met en place et on voit les gens manger. C’est vraiment un moment agréable. »
La préparation des repas ne s’est pas toujours déroulée sans accroc. Il y avait parfois des désaccords sur la répartition des tâches et sur la meilleure façon de procéder. Après tout, une cuisine est un petit espace où peuvent surgir de grandes divergences d’opinion.
« Se retrouver à plusieurs dans une cuisine, ce n’est pas toujours facile, a déclaré l’un des jeunes organisateurs. Chacun a sa propre façon de faire. Mais on apprend à travailler ensemble, à vivre ensemble, et ça renforce les liens d’amitié. La plupart du temps. »
Certaines leçons ne s’apprennent qu’en passant à l’action. Se trouver face à soixante invités pour présenter un thème s’est avéré plus difficile que n’importe quelle recette. Au lieu de faire un exposé, les jeunes ont commencé par poser une question et ont invité l’assemblée à se répartir en petits groupes, puis à se réunir à nouveau pour partager ce qu’ils avaient trouvé. Les conversations n’en ont été que plus enrichissantes.


Elisa, une habitante de longue date qui a participé à trois des brunchs, se souvient avec tendresse des débuts. « Le premier n’a pas été facile, a-t-elle déclaré, mais chacun des suivants s’est amélioré. » Ce qui l’a le plus marquée, c’est la diversité des personnes présentes autour des tables. « J’ai rencontré des voisins marocains, néerlandais et d’autres que je ne vois jamais d’habitude, depuis les plus âgés d’entre nous jusqu’aux tout-petits. »
Pour M. Khabirpour, cette expérience reflétait une conviction qui est au cœur des efforts éducatifs bahá’ís : les jeunes ne se contentent pas de se préparer à apporter un jour leur contribution. Ils possèdent déjà des capacités qui peuvent s’épanouir lorsqu’on leur confie des responsabilités importantes et qu’on leur offre des occasions de servir.
Collaborer avec la municipalité
Ces brunchs sont également nés d’une question que la communauté se posait depuis un certain temps : comment les habitants, les quartiers et la municipalité pourraient-ils collaborer ?
« En tant qu’habitants, on a facilement tendance à se demander uniquement ce que la municipalité devrait faire pour nous, a déclaré M. Khabirpour. Pourquoi n’en font-ils pas davantage ? Nous avons alors commencé à nous poser une autre question : quelle est notre responsabilité et comment pouvons-nous collaborer avec eux ? »
Un père de famille du quartier l’a exprimé à sa manière. Il a admis avoir rapidement constaté les lacunes de la municipalité. Désormais, a-t-il déclaré, « nous faisons partie de ceux qui s’en chargent ».
Ce changement n’est pas passé inaperçu. Lorsque la municipalité a réuni les bénéficiaires du budget participatif pour présenter leurs différents projets, un homme s’est approché de ce groupe à l’issue de la réunion. Il leur a confié qu’il avait commencé à perdre espoir en la jeune génération. Les voir s’exprimer, a-t-il dit, lui avait redonné espoir.


Ce projet, à durée déterminée, a pris fin. Il n’a jamais eu vocation à devenir une initiative permanente. Ce qui importe, c’est ce qu’il a laissé derrière lui : des relations plus solides, une confiance accrue chez les jeunes organisateurs et une vision plus claire de ce qui peut se produire lorsque les générations ne se contentent plus de parler les unes des autres, mais travaillent côte à côte.
Ce qui en résulte, c’est un quartier qui a vu ses jeunes identifier un besoin et qui savent désormais comment y répondre.

