
WASHINGTON, D.C., le 8 septembre 2026 – Alors que le débat national sur les injustices raciales aux États-Unis se polarise de plus en plus, la religion peut apporter un éclairage particulier dans un tel contexte. Au cours de l’histoire, la religion a tantôt divisé les gens, tantôt les a rapprochés. Ce qu’elle apporte ici, c’est une manière de considérer les êtres humains non pas à travers les clivages qui les séparent, mais à travers la réalité spirituelle qu’ils partagent.
Cette conviction a guidé une série de débats qui se sont étalés sur cinq ans, organisés par le Bureau bahá’í des affaires publiques des États-Unis. Ces échanges s’inscrivent dans le cadre des efforts plus larges déployés par les bahá’ís de ce pays pour favoriser l’harmonie sociale, efforts qui comprennent également les rencontres récemment organisées par le bureau pour marquer le 250e anniversaire des États-Unis. Ces initiatives visent à analyser la manière dont les gens peuvent œuvrer ensemble à l’épanouissement de leur société.
Les enseignements tirés des discussions menées au cours des cinq dernières années ont désormais été rassemblés dans une nouvelle publication intitulée Illumined by Oneness: Resources and Reflections from a Multifaith Dialogue on Overcoming Racism [Éclairés par l’unité : Ressources et réflexions issues d’un dialogue interconfessionnel sur la lutte contre le racisme], accompagnée d’un site web.
Cet ouvrage rassemble une synthèse des idées issues des échanges au sein d’un groupe d’acteurs sociaux, ainsi que de documents de réflexion et d’essais antérieurs datant de janvier 2017, période marquée par des divisions accrues autour de l’injustice raciale aux États-Unis. Ces documents sont proposés comme une ressource pour ceux qui souhaitent engager des discussions similaires dans leur propre contexte.
Organisé en collaboration avec le Programme d’études sur la paix et la justice et l’Institut de recherche sur les politiques et d’études catholiques de l’Université catholique d’Amérique, à Washington, D.C., ce forum, qui existe depuis de nombreuses années, a réuni des dirigeants et des représentants d’organisations religieuses nationales issues d’un large éventail de communautés confessionnelles.
Dès le départ, ces rencontres constituaient des espaces informels propices à des échanges ouverts et approfondis. Chaque réunion trimestrielle s’articulait autour d’un document de réflexion préparé par le Bureau des affaires publiques ; ce texte était lu à haute voix en commun, puis examiné en petits groupes et en séance plénière. Ces documents abordaient des thèmes tels que l’identité, la justice et l’unité, le matérialisme, les récits historiques, les médias et leur capacité à renforcer ou à remettre en question les préjugés raciaux, ainsi que le rôle particulier que la religion peut jouer pour surmonter les divisions.
« La communauté bahá’íe américaine s’est, dès ses débuts, considérée comme ayant pour mission de promouvoir l’unité et de lutter contre les divisions raciales », a déclaré Selvi Adaikkalam Zabihi, membre du bureau, lors d’un entretien avec le News Service. « Les enseignements bahá’ís affirment que le racisme doit être surmonté et relégué au passé. »
Mme Zabihi a expliqué que cette publication s’inscrit dans le cadre des efforts plus larges déployés par le Bureau pour contribuer au débat sur le renouveau spirituel au sein de la société américaine. « Depuis un certain temps, a-t-elle déclaré, on part du principe que la science et la pensée rationnelle suffisent à elles seules à créer des sociétés saines. Mais nous constatons que le matérialisme ne peut nous mener là où nous devons aller. Cela soulève à nouveau la question du rôle de la religion dans l’établissement des fondements d’une société juste, de la stabilité, de la paix et de la prospérité. »

Une blessure pour l’ensemble de la société
Dans l’un des documents de réflexion du forum consacrés au thème de l’identité, l’unité de l’humanité est décrite non pas simplement comme une aspiration, mais comme « l’expression de notre réalité sous-jacente ». De ce point de vue, l’inégalité raciale ne porte pas seulement atteinte aux personnes directement opprimées ; elle constitue une blessure infligée à l’ensemble du corps social, dont le bien-être découle de celui de chacune de ses parties. Par conséquent, le travail nécessaire pour la surmonter exige bien plus qu’une réforme des lois et des institutions. Il faut créer les conditions permettant aux individus de percevoir, de réfléchir et d’agir à la lumière de leur commune humanité.
Dans l’un des documents de discussion du forum sur le thème de l’identité, l’unité de l’humanité est décrite non pas simplement comme une aspiration, mais comme « une expression de notre réalité sous-jacente ». Dans cette perspective, l’inégalité raciale ne constitue pas seulement un préjudice pour ceux qui en souffrent directement. C’est une blessure infligée à l’ensemble de la société, dont le bien-être découle de celui de chacune de ses parties. Pour y remédier, il ne suffit donc pas de corriger les conditions extérieures. Cela nécessite de créer des conditions dans lesquelles les gens peuvent percevoir, réfléchir et agir à la lumière de leur commune humanité.
Cette conviction a façonné la méthodologie du forum. Le Bureau explique dans l’introduction du livre que, si les structures et les comportements doivent évoluer, le racisme ne pourra être pleinement combattu tant que les schémas de pensée sous-jacents n’auront pas eux aussi changé. Les discussions ont donc cherché à examiner les présupposés spirituels, les récits et les conceptions de l’identité humaine qui, soit entretiennent la division, soit rendent l’unité possible.
Mat Cotton, membre du Bureau, a décrit cela comme l’une des contributions majeures du forum. « Notre société est confrontée à de nombreuses questions liées à l’injustice raciale, a-t-il déclaré, mais cet espace a permis une réflexion approfondie sur leurs dimensions spirituelles. Sans cette composante spirituelle, il y a un vide dans notre capacité à aborder ces questions et à répondre aux préoccupations qu’elles soulèvent. »
Il a utilisé l’image d’une lampe et de sa lumière. « Nous pouvons nous efforcer de fabriquer une lampe parfaite, a-t-il dit, mais elle ne nous sera guère utile si nous n’apprenons pas à la remplir de lumière. »
« De la même manière, a poursuivi M. Cotton, les structures d’une société, aussi bien conçues soient-elles, restent obscures tant qu’elles ne sont pas éclairées par l’amour, la fraternité et une finalité spirituelle. »

« Les structures d’une société, aussi bien conçues soient-elles, restent obscures tant qu’elles ne sont pas éclairées par l’amour, la fraternité et une finalité spirituelle. »
Mat Cotton, membre du Bureau bahá’í des affaires publiques des États-Unis
Là où les relations ont été mises à l’épreuve et renforcées
Dans la préface de l’ouvrage, rédigée par William A. Barbieri Jr. de l’Université catholique, qui a coanimé ce dialogue à ses débuts, ces rencontres sont décrites comme un « lieu d’apprentissage, d’introspection, d’échange et de partage » entre collègues issus de différentes traditions religieuses. Au fil du temps, écrit-il, le forum est devenu une « précieuse source de camaraderie ».
Le forum a favorisé une dynamique de croissance collective lorsqu’il s’est temporairement déplacé en ligne après le meurtre de George Floyd en 2020, constituant alors un « espace essentiel pour le partage d’informations, la consultation et les liens émotionnels ».
Les participants ont mis en place des pratiques qui ont contribué à instaurer la confiance au fil du temps : partager des repas, commencer les séances par un débat ouvert au cours duquel chacun pouvait exprimer ce qu’il avait à cœur et, à la suite d’un échange difficile entre deux participants, le groupe a commencé à visiter des musées ensemble afin de développer une compréhension commune des histoires liées aux différents milieux qu’ils représentent.
Ces pratiques ont permis d’éviter que le dialogue ne se réduise à un simple échange de points de vue. Le forum est ainsi devenu un cadre propice au renforcement des relations, tandis que les idées étaient mises à l’épreuve, affinées et approfondies.

Justice, unité et une nouvelle conception du pouvoir
Au bout de cinq ans, les participants se sont réunis pour distiller les idées les plus marquantes issues de ces échanges et les rassembler dans un document de synthèse, désormais inclus dans l’ouvrage. Mme Zabihi a qualifié ce processus de « belle expérience consistant à formuler des idées qui semblaient substantielles et profondes et auxquelles des personnes de confessions et d’horizons différents pouvaient s’identifier ».
« Ce n’était pas le plus petit dénominateur commun, a-t-elle précisé. C’était quelque chose de plus que cela. Et, en même temps, cela semblait familier aux participants. »
Parmi les thèmes qui se sont imposés avec une force particulière figure l’indissociabilité de la justice et de l’unité. Ces documents rejettent l’idée selon laquelle l’unité pourrait être atteinte en faisant abstraction de l’injustice, tout en remettant en question les approches qui s’appuient sur la confrontation et le conflit comme principaux vecteurs de changement. Dans cette perspective, la justice est le moyen par lequel l’unité devient réalité, tandis que l’unité confère à la justice son horizon ultime. Ces documents concilient ces deux vérités : les identités des personnes victimes de préjugés doivent être reconnues et affirmées, alors que l’humanité apprend à percevoir l’identité plus profonde qu’elle a en partage.
« Quelle force cela confère, a-t-elle déclaré, de considérer le pouvoir non pas comme une forme de domination, accaparée par quelques-uns et exercée sur les autres, mais comme quelque chose d’accessible à tous. »
Selvi Adaikkalam Zabihi, membre du Bureau bahá’í des affaires publiques des États-Unis
Un autre thème qui s’est imposé est la nécessité de repenser les notions de pouvoir. Mme Zabihi a indiqué que cette idée avait suscité un vif enthousiasme lorsqu’elle a été présentée aux participants. « Quelle force cela confère, a-t-elle déclaré, de considérer le pouvoir non pas comme une forme de domination, accaparée par quelques-uns et exercée sur les autres, mais comme quelque chose d’accessible à tous. Il existe des formes de pouvoir à la portée de chacun d’entre nous qui peuvent contribuer à bâtir un nouvel ordre social juste : le pouvoir de l’amour, le pouvoir d’agir ensemble dans l’unité et le pouvoir du sacrifice. »
Cette conception du pouvoir a également influencé l’approche du forum en matière de changement social. Mme Zabihi a fait remarquer que les efforts visant à lutter contre le racisme sont souvent décrits en termes de démantèlement des structures injustes. « Bien sûr, c’est un travail que la société doit accomplir, a-t-elle expliqué. Mais d’un point de vue bahá’í, d’un point de vue bahá’í une partie du travail consiste à bâtir une nouvelle réalité en édifiant quelque chose qui incarne l’unité. »
Cette orientation constructive, a-t-elle poursuivi, s’étend « du niveau individuel jusqu’aux plus grandes structures de la société » : de nouvelles manières d’être pour les individus et les enfants, de nouveaux modèles de relations, de nouvelles façons de mettre en pratique les vertus avec les autres et de nouvelles formes d’institutions capables de répondre aux besoins de la société.

« C’est un exercice de pouvoir, a-t-elle indiqué. Ce n’est pas le pouvoir de démanteler quelque chose. C’est le pouvoir de bâtir quelque chose de nouveau, capable, à terme, de transcender les anciennes structures qui ne favorisent pas la justice. »
P. J. Andrews, membre du Bureau, a fait remarquer que les préoccupations du forum concernant les injustices raciales soulevaient une question plus large : « Quels sont les fondements spirituels et moraux dont une société a besoin pour rester soudée et aller de l’avant ? »
« C’est l’une des contributions que la religion peut apporter à la vie d’une nation, et cela s’inscrit dans la démarche de cette conversation. Dès le début, nous espérions que ces documents pourraient aider d’autres personnes à approfondir cette question au sein de leurs propres communautés. »
Se référant à cette publication, Mme Zabihi est revenue sur un enjeu central de la vie américaine. « Dans l’histoire des États-Unis, a-t-elle expliqué, le combat contre les injustices raciales a connu des avancées et des revers. Nous sommes en quête de l’esprit qui saura rassembler tout le monde autour de cette cause. »
« Illumined by Oneness » [Éclairés par l’unité] apporte une contribution à cette quête : un ensemble de ressources issues d’un dialogue soutenu, éprouvées au sein de relations de confiance et animées par la conviction que surmonter les clivages raciaux exige non seulement de nouvelles politiques et un nouveau langage, mais aussi un renouveau plus profond de la pensée, des relations et de l’objectif collectif.

![Quelques photos de « A Common Endeavor » [Un effort commun], une série d’évènements organisés par le Bureau des relations extérieures qui, en début d’année, a donné lieu à des débats sur le renouveau spirituel, la confiance sociale et l’avenir de la nation.](https://www.datocms-assets.com/6348/1789716888-illumined-by-oneness-seeing-one-another-in-light-shared-humanity-06.jpg?dpr=0.75)
