LA PAZ, Bolivie, le 24 septembre 2026 – Tenant un aguayo, un tissu traditionnel, Julia Pachacopa Llacsa a tracé un motif en zigzag avec sa main.
« Ce tissage est comme un livre », a-t-elle déclaré aux participants réunis au Centre national bahá’í de La Paz. Sa mère lui a appris à voir dans ce motif le chemin de la vie, avec ses moments de difficulté et de joie, ses erreurs et ses apprentissages, et la nécessité de toujours aller de l’avant.
Pour Mme Pachacopa, une autorité autochtone du peuple Yampara, ce tissu véhicule un savoir transmis de génération en génération. Il incarne également avec force une idée qui animait une série de forums organisés par le Bureau bahá’í des affaires extérieures de Bolivie : « Tejiendo Futuro » (Tisser l’avenir).
« Pour tisser, il faut beaucoup de fils », a précisé Rosmery Chambi, membre du Bureau, lors d’une conversation avec le News Service.


Ces forums ont réuni des personnes des communautés autochtones, des pouvoirs publics, du monde universitaire, des communautés religieuses et des organisations de la société civile, dont certaines représentent des secteurs qui ont parfois eu du mal à engager le dialogue les uns avec les autres.
Le premier forum, intitulé « Les femmes autochtones en tant que bâtisseuses de la paix et du développement », a mis en lumière la contribution des femmes autochtones à l’éducation, à la vie familiale, à l’engagement communautaire et à la préservation des connaissances.
Les participants ont réfléchi à la conception de la complémentarité présente dans les cultures autochtones, notamment au concept andin du chacha-warmi, qui considère les hommes et les femmes comme des partenaires interdépendants, ainsi qu’à ses points de convergence avec l’enseignement bahá’í selon lequel les femmes et les hommes sont comme les deux ailes d’un même oiseau, dont le vol dépend de la force égale des deux.
La discussion a également élargi les idées conventionnelles sur l’éducation.
« L’éducation a toujours existé », a déclaré Mme Pachacopa. Sa mère n’était jamais allée à l’école et ne savait ni lire ni parler l’espagnol, mais grâce au tissage, à l’observation, aux récits, au travail et au jeu, elle lui avait transmis un riche bagage de connaissances. Un motif peut devenir une leçon de persévérance ; filer la laine, une occasion de parler de la manière de mener une vie droite. La connaissance de la terre, de la famille, des mathématiques et de la culture se transmet naturellement d’une génération à l’autre.
D’autres participants ont évoqué la nécessité d’associer ce savoir ancestral à une éducation formelle et spirituelle, en particulier pour les filles et les femmes qui, au cours des générations précédentes, n’avaient souvent que peu accès à la scolarité.

Les conversations ont montré que l’égalité n’implique pas nécessairement la disparition des différences culturelles. Les participants ont plutôt examiné comment les différences d’expériences et de connaissances peuvent enrichir une entreprise commune lorsque les relations sont fondées sur le respect mutuel et une participation à parts égales.
La question de savoir à quoi ressemble l’égalité dans la pratique a été approfondie lors d’un deuxième forum intitulé « Sans égalité, il n’y a pas de paix ».

Les participants à cette rencontre ont examiné des thèmes abordés dans une déclaration de la Communauté internationale bahá’íe (BIC), intitulée « Reconceptualiser la justice : Jeter les bases d’un monde égalitaire ».
Les participants ont été invités à considérer que la justice va bien au-delà des mécanismes juridiques et judiciaires pour englober les valeurs, les relations et les normes sociales qui façonnent la vie quotidienne des femmes et des filles.
« Il ne peut y avoir de justice sans égalité », a affirmé Nidya Pesántez, représentante résidente de ONU Mujeres en Bolivie, « et il ne peut y avoir de paix s’il n’y a pas de justice. »
Une culture de paix, a-t-elle déclaré, exige pour les gens de mettre ouvertement leurs différences sur la table, de s’écouter et de chercher un terrain d’entente plutôt que de recourir à la violence.
Mirna Inturias, chercheuse à l’université NUR – un établissement d’enseignement d’inspiration bahá’íe – travaille depuis des années avec les communautés autochtones des basses terres de Bolivie, et plus particulièrement avec des groupes de femmes qui s’organisent pour gérer leurs territoires. Alors que les théories sur la justice font l’objet de débats ailleurs, a-t-elle déclaré au forum, ces communautés mettent déjà en place des modèles concrets de justice.
Selon Mme Inturias, les femmes autochtones des plaines participent depuis longtemps à des organisations composées à la fois de femmes et d’hommes, même si les schémas d’interaction bien établis au sein de certains de ces espaces ne laissaient souvent qu’une marge de manœuvre limitée à la participation des femmes.

S’appuyant sur les principes d’organisation collective, d’écoute et d’assemblée déjà présents au sein de leurs communautés, ces femmes ont également créé leurs organisations propres. Cela a donné naissance à des espaces supplémentaires dans lesquels elles peuvent développer leurs capacités et mieux cerner les priorités de leurs territoires.
« Il ne suffit pas simplement de demander à participer, a déclaré Mme Inturias. Nous devons développer des capacités nécessaires pour cela. » Elle a souligné qu’un tel processus implique en fin de compte aussi bien les femmes que les hommes, même si cet effort particulier commence par renforcer le leadership des femmes. De cette manière, a-t-elle affirmé, de nouvelles structures et de nouveaux espaces sociaux voient le jour qui « génèrent des processus favorisant davantage de justice et une plus grande participation ».
Cette approche a pris forme grâce à une collaboration entre l’université NUR et la Confédération nationale des femmes autochtones de Bolivie, dans le cadre de laquelle les femmes renforcent leurs compétences pratiques en matière de gouvernance, de gestion de l’environnement, d’administration de projets et de leadership. Une première promotion de 38 femmes a suivi une formation sur la gouvernance environnementale.

Les préoccupations qui sont à l’origine de cette formation sont celles de la vie quotidienne dans les territoires : qui prend les décisions concernant les terres ? Comment sont protégées les sources d’eau et les forêts ? Comment la sécurité alimentaire est-elle assurée et quel sera l’impact des choix actuels sur les enfants et petits-enfants à venir ?
Pour Mme Inturias, ces expériences ont donné une expression concrète à une conception plus large abordée dans la déclaration de la BIC : « La justice en tant que liberté d’une communauté de concevoir et de suivre sa propre voie de développement. »


Selon elle, ces processus font émerger des valeurs telles que la coopération plutôt que la concurrence, la prise de décision en assemblée et une solidarité réciproque qui va jusqu’à la protection de la biodiversité dont dépend toute une communauté.
« Ce sont des processus qui sont en cours, a-t-elle expliqué, et ils suscitent l’espoir. »
Le Bureau poursuivra la série sous le même nom. « Notre avenir n’est pas encore tout à fait tracé, mais nous sommes en train de le construire, a déclaré Mme Chambi. C’est à nous de décider qui participera à ce processus et comment nous allons nous y prendre. »

